Landry, young entrepreneur:''I understood that the need was in rural areas...''

Afrik Eveil

Sun

1 December 2019

Landry, young entrepreneur:''I understood that the need was in rural areas...''

By Afrik Eveil | Category: afrikeveil | Tags: afrikeveil | 1 week ago

On se laisserait facilement subjugué et emberlificoté (au sens positif) par la voix et le self-confidence de ce jeune de 33 ans, l’âge où le Christ a fait des miracles, l’âge du bonheur dit-on ! Jeune, artiste chanteur, entrepreneur dans l’âme, « villager », les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier Hendrix Landry Somda aux talents aussi grands que sa taille, puisque c’est de lui qu’il s’agit ici. Nous l’avons rencontré, tout comme San-zéonmé Evelyne Denise Somda, à N’Djamena. Sa particularité ? C’est d’avoir accepté de quitter les centres urbains, en tant que jeune comptable diplômé, pour s’installer et s’incruster dans le quotidien de son village, Dissihn, dans la région du Sud-Ouest du Burkina Faso. Son leitmotiv préféré : « Pôlè, ti milè » en langue dagara qui veut dire « jeunes, jouons notre rôle ou débrouillons-nous ».

 

Bonjour, pouvez-vous présenter succinctement ?

Okay… je suis Hendrix Landry Somda, j’ai 33 ans et je suis résident en milieu rural. Je suis coordinateur de projet dans une ONG locale en tant que bénévole et je suis aussi entrepreneur dans le domaine du service en milieu rural. Enfin, je suis artiste chanteur.

Cela fait plusieurs activités que vous menez à la fois. Aujourd’hui comment Landry se présente officiellement ? est-ce un coordonnateur de projet, un entrepreneur ou est-ce tout simplement un jeune ?

Je vais répondre en reprenant la dernière phrase en disant que je suis un jeune tout simplement parce que selon les milieux, selon les activités que je mène, j’essaie de porter la casquette qu’il faut, au moment où il le faut.

Mais quelle est votre activité principale alors ?

Aujourd’hui, je suis en train de représenter une association ATM-Association Tew Malo qui est à Dissihn dans mon village, dans le Sud-Ouest du Burkina, à 320 km de la capitale Ouagadougou. Là, nous représentons les jeunes du Burkina Faso ici à N’Djamena. Nous sommes là pour parler des chantiers prioritaires sur lesquels nous travaillons depuis quelques années même si j’ai intégré le projet rien que l’année passée.

On imagine bien que si vous êtes coordonnateur projet, vous avez un profil d’études non moins inintéressant ?

 Alors ça va surprendre, je suis comptable de formation mais je ne suis pas allé très loin dans mes études. J’ai eu un Bac+2, je me suis arrêté assez tôt. J’ai fait d’abord une année universitaire en Sciences économiques et gestion, et le système LMD qui n’était pas approprié en ce temps m’a un peu désintéressé. Aujourd’hui c’est international, c’est bien mais il faut que ça soit révisé pour le pays. Je me suis rendu donc du côté du Ghana où j’ai fait l’anglais, et j’ai commencé à me débrouiller en enseignant le français aux Ghanéens, en faisant du mannequinat, en faisant vraiment toute activité que je pouvais faire pour m’en sortir au Ghana. De retour au pays, j’ai travaillé dans la comptabilité au sein d’une auto-école. Après quelques années d’expériences, je suis allé en milieu rural dans une ONG en tant que secrétaire comptable et plus tard à la fin de mon contrat, je me suis engagé bénévolement et me voilà aujourd’hui coordonnateur de projet.

‘’J’ai compris que le besoin était en milieu rural…’’  

Qu’est-ce qui justifie le fait pour Landry de se sédentariser en milieu rural après un tel parcours et ce, malgré les conditions de vie, malgré les insuffisances qu’on connaît au milieu rural ?

Oui, aujourd’hui, il faut qu’on arrive à renverser cette tendance-là. Quand on parle d’immigration en Europe, on citerait les Africains, les Chinois, les pays voisins qui viennent s’installer. Quand on parle de migration au Burkina, on dira que ce sont les jeunes en milieu rural qui se déplacent vers les centres urbains pour trouver des opportunités économiques. Mais aujourd’hui, je me suis rendu compte, après quelques analyses, que le chantier en milieu rural est vraiment chantier vierge, et c’est un chantier à développer. Pour un développement intégral, moi je pense que certaines forces intellectives, certaines forces vives, certains investissements étatiques devraient aussi se focaliser sur le milieu rural où il y a encore beaucoup de choses à développer, à perfectionner. Des choses qui ont échoué en milieu urbain peuvent être renforcées en milieu rural pour un développement plus intégral. Et moi, je suis allé pour une année de contrat en vue de redresser la comptabilité dans une ONG. C’est en ce moment que j’ai commencé à m’intéresser aux structures associatives. En travaillant au sein de l’ONG en question, je me suis rapproché des populations à la base, et c’est en ce moment que tu te rends qu’il y a un besoin réel en milieu rural. Du coup, les structures associatives ont commencé à m’intéresser. J’ai commencé à militer dans des associations de jeunes. J’ai pris goût et j’ai compris que le besoin était en milieu rural où les jeunes n’ont vraiment pas la chance d’être éduqués. Du reste, je n’ai pas eu la chance de faire de longues études mais j’ai la chance d’avoir une certaine éducation et c’est vraiment là-bas que je peux mettre ça à profit parce qu’il y a moins d’opportunités en ville pour quelqu’un de ma catégorie. Par contre, je peux mettre l’acquis au profit du milieu rural puisqu’il y a une insuffisance de formation.

Actuellement qu’est-ce que vous faîtes concrètement en tant que jeune à Dissihn où vous passez le clair de votre vie ?

Je suis entrepreneur pas encore installé parce que j’ai toujours plein de défis à relever et j’essaie d’entreprendre. J’ai déjà commencé, mais il me manque les moyens. C’est en ce moment que tu te rends compte des difficultés en milieu rural des jeunes qui sont souvent délaissés, des jeunes qui ont des projets bien ficelés souvent même aidés par des consultants en ville mais qui ne vont jamais trouver des moyens pour financer leurs projets. J’ai pour ambition de créer une structure qui permet d’offrir des services et que les forces vives, les ressortissants d’une localité puissent venir investir même à distance dans leurs villages de base. Il s’agit concrètement de suivi d’investissement dans plusieurs domaines comme la construction de maison, l’agro-sylvo-pastoral. Je peux aider à suivre leurs projets, à donner les résultats et à trouver le personnel qu’il faut. Tu te rends ainsi compte que les gens qui sont dans les centres urbains veulent investir mais ils n’ont pas de gens de confiance et souvent ils dilapident leur argent parce qu’ils le confient à un cousin, un frère, à une sœur qui ne fait pas exactement ce dont il a besoin. Avec ma structure, j’ai déjà commencé à toucher les gens qui veulent investir. J’ai commencé en faisant du service-traiteur. J’ai une ancienne cours familiale que j’utilise comme restaurant-bar et aussi j’ai fait une petite estrade pour pouvoir permettre aux jeunes de s’épanouir et faire leurs soirées-théâtres, parce que qu’il y a des structures comme les maisons des jeunes en milieu rural qui ne fonctionnent pas bien et qui sont souvent politisées. Donc si on peut être une sorte d’intermédiaire en attendant.

Actuellement, votre projet est à quel stade ?

Alors, il est peu avancé. Le restaurant fonctionne, le bar fonctionne aussi. J’ai la chance qu’on m’a confié quelques projets d’investissement que j’ai décidé de suivre moi-même gratuitement pour pouvoir prouver aux gens que ça peut se faire. Je me suis approché de certaines institutions financières pour demander des prêts. Je suis un jeune en milieu rural, je n’ai rien, je suis un bénévole, donc je n’ai pas de salaire. Donc je n’ai pas de quoi économiser, je n’ai pas de gages, parce que le titre foncier marche très peu. Je n’ai rien à proposer à ces institutions financières-là pour qu’elles puissent me soutenir. Du coup je stagne, mais je suis confiant si bien que je fais plusieurs activités comme vous le voyez pour pouvoir joindre les deux bouts. Mais j’ai une certaine fierté parce que je sens que je contribue à un éveil de conscience au sein de la jeunesse de ma localité. 

‘’Je suis ce jeune qui vient, qui essaie de comprendre, de proposer des choses, de déranger parfois…’’

Et justement est-ce que vous avez souvent des retours par rapport à ce que vous faites au niveau de la jeunesse ?

Bah aujourd’hui, je suis président de la CECI- la Commission électorale communale indépendante. Ça veut dire que quelque part, il y a une confiance qui est née. On dérange bien sûr parce qu’il y a un système qui était en place au niveau local. Je suis ce jeune qui vient, qui essaie de comprendre, de proposer des choses, de déranger parfois parce que oui les jeunes, on dérange, on veut que les choses fonctionnent différemment si bien que les jeunes me font de plus en plus confiance. J’ai réussi à monter un projet qui a été soutenu par certaines personnes de la diaspora parce que quand on dit diaspora ici c’est souvent certaines personnes en milieu urbain comme Bobo-Dioulasso ou Ouagadougou. Le projet est intitulé Polè ti milè  en langue dagara qui veut dire Jeunes, jouons notre rôle. Et Polè ti milè  a réussi à réunir les jeunes autour de la culture et du sport. La première édition a marché malgré le manque de financement et là nous sommes à la deuxième édition, demandée et surtout encouragée par les jeunes et certains aînés.

Aujourd’hui, il y a une sorte de satisfaction ne serait-ce que personnelle de ce que vous faites, il y a ce retour positif de l’impact que vous avez. Si vous aviez aujourd’hui un appel à lancer l’endroit des autorités du Burkina, que serait-il ?

Alors je dirais qu’on nait tous égaux, c’est l’un des premiers textes de la Constitution burkinabè. Je ferais un appel à ces autorités-là qu’il y a de la matière, des ressources en milieu rural et qu’on devait donner les mêmes opportunités de réussite à tous les jeunes. Il suffit d’y faire un tour et vous verrez comment ils sont ambitieux mais comment ils sont souvent ignorés, ils manquent de canaux de communication, d’information, de financement. Je dirai aux autorités, ouvrez les portes, donnez la chance à ces jeunes-là. Aujourd’hui on sait que l’agrobusiness marche bien. Ces jeunes-là sont entrepreneurs dès la base, dès l’enfance, parce qu’on hérite souvent du travail traditionnel de nos parents c’est-à-dire l’agriculture, l’élevage. On est dedans mais on n’a pas les moyens, c’est à petite échelle, mais il y a la connaissance. Il suffit qu’il y a des renforcements de capacités et un accompagnement.

‘’Polè, ti-milè’’ ou ‘’Jeunes, jouons notre rôle’’

Et si vous aviez un message à lancer aux jeunes burkinabè citadins qui hésitent encore à rentrer au village pour pouvoir entreprendre quelque chose, quel serait ce message ?

Alors je le dis tout le temps à mes amis et tous les jeunes que je rencontre qu’il y a des opportunités, le chantier est vierge. Le travail à faire au Burkina Faso, c’est en milieu rural, c’est à la base. Les gens veulent bosser. Et ceux qui ont les facilités de financement, il faut y aller s’investir mais aussi impliquer immédiatement les jeunes qui s’y trouvent dans leurs activités pour un développement intégrale du pays. Moi je continue à lutter pour être un exemple, je me bats, je tape aux portes. Certainement un jour on me comprendra, on me donnera ma chance, je veux être un exemple de réussite du jeune qui a fait la migration autrement en quittant les centres urbains avec la formation, avec tout ce qu’il a acquis comme positif pour réussir et aller vers le milieu rural, s’investir et réussir, vivre une vie aussi meilleure en milieu urbain. Il n’y a pas d’emploi en milieu rural, il faut que les jeunes s’auto-emploient. Il faut qu’on soit des preuves vivantes et matérielles du jeune qui peut réussir en milieu rural.

Votre dernier mot ?

Alors je dirais « polè ti milè » (rires) !

Yéroséo Kus


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