La décentralisation industrielle en Afrique: le prochain bond technologique

Afrik Eveil

lun

18 juin 2018

La décentralisation industrielle en Afrique: le prochain bond technologique

Par Afrik Eveil | Catégorie: guess | Tags: Guest | il y a 1 an

Par Amon Bazongo

 

L’adoption des technologies en Afrique

Au cours des dix dernières années, l'Afrique a incroyablement accru l'adoption et l’utilisation des technologies, notamment en matière de technologie mobile. Elle est citée comme exemple grâce à son modèle de bond technologique, c’est-à-dire contourner les ordinateurs portables et les lignes fixes pour adopter directement la téléphonie mobile et devenant ainsi le marché de téléphonie mobile qui affiche aujourd'hui la plus forte croissance à l'échelon mondial.  Par ailleurs, nous avons assisté à un développement considérable des applications mobiles tels que les services bancaires par téléphonie mobile, où l'Afrique occupe actuellement la première place au niveau mondial. Selon la Global System for Mobile Communications Association (GSMA), la téléphonie mobile a eu un impact sur le continent au point qu’elle représentait 6.7% de son Produit intérieur brut (PIB) en 2015. Comme nous pouvons le constater, la technologie a prouvé qu’elle peut jouer un rôle crucial dans le développement économique du continent.  Néanmoins, Akinwumi A. ADESINA, président du Groupe de la Banque africaine de développement, souligne que l’industrialisation joue un rôle encore plus important.  Selon lui, « l’Afrique ne doit plus rester au bas des chaînes de valeur mondiales : elle doit avancer pour s’industrialiser rapidement afin d’ajouter de la valeur à tout ce qu’elle produit ». Nous devrions alors accélérer le processus d’industrialisation à l’image de l’utilisation accrue de la technologie. Le boom technologique actuel est le résultat de la participation effective de tous les Africains au processus. L'industrie devrait être également démocratisée à l’instar de la téléphonie mobile en Afrique. C’est pourquoi, il est important de mettre l’accent sur la décentralisation industrielle. 

La décentralisation que nous connaissons

Le concept de « décentralisation » a toujours existé en Afrique.  En effet, depuis les années 90, la plupart des pays africains ont entamé un transfert de pouvoir et de ressources à des entités territoriales au niveau local. Ces pays ont compris que l’accélération de la démocratisation du continent et son développement socio-économique devraient passer par la décentralisation :  le partage des responsabilités entre l'Etat, les collectivités locales et les citoyens, la participation active de ces citoyens, la transparence et les élections libres. Ce processus entamé depuis lors était essentiellement axé sur les aspects administratifs (services de l'état civil), politiques (démocratie locale, volonté collective) et financiers (budget, transfert des ressources publiques) de la gouvernance, occultant le secteur industriel. En 2015, dans « Decentralization in Africa :  The Paradox of State Strength », les acquis en termes de décentralisation ont été analysés dans 10 pays africains à l’aide d’un cadre à 4 dimensions de gouvernance : autorité, autonomie, responsabilité et capacité. Le résultat était décevant car seule l'autorité a été renforcée dans les territoires locaux. La décentralisation en tant que réforme n'a donc pas tenu la promesse des fleurs. En d’autres termes, il reste encore beaucoup à faire. Toutefois, que se passerait-il si la décentralisation à laquelle nous pensons tous était déjà désuète à cette ère de l'Internet et des transactions mobiles ?

Décentralisation et technologie de confiance

Selon l'entrepreneur d'origine sud-africaine, Johann Gevers, la décentralisation passe par la communication décentralisée (communication entre pairs, réseau décentralisé), le droit décentralisé, les systèmes de production décentralisés (production d'énergie, impression 3D) et les services décentralisés en matière de finance (monnaie, systèmes de contrats). Gevers indique que les sociétés anciennes avant l'ère de la révolution agricole étaient décentralisées et avaient une vie meilleure. Aujourd’hui, ceux avec qui nous vivons ne font pas preuve de transparence et ne sont pas dignes de confiance. Cela a commencé avec la société centralisée où les populations ne vivaient plus au sein d'une communauté familiale. Par conséquent, il est logique de penser que si nous pouvons bâtir la confiance, la transparence, la responsabilité, la fiabilité, la traçabilité à l’aide de la technologie, nous pouvons à nouveau vivre ensemble dans un système décentralisé. Heureusement, nous avons la blockchain, une technologie des registres distribués (DLT) qui est apparue pour la première fois avec la Crypto-monnaie Bitcoin. Le Bitcoin est un moyen d’échange de devises sans l'intervention d'un tiers, comme une banque ou un séquestre. Au début, il aurait pu être ridicule de penser que l'on puisse contourner une banque pour effectuer des transactions à distance. Mais Arthur Schopenhauer nous rappelle que « toute vérité passe par trois étapes » D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, on s'y oppose violemment. Enfin, elle est acceptée comme étant évidente. Le Bitcoin est de moins en moins contesté et on se prépare à l’adopter au regard de l'intérêt pour les applications décentralisées en plus de la blockchain ou d'autres types de DLT. Il n'est donc pas exclu que ces technologies soient utilisées dans un future proche. Sur la base de ces acquis, nous pouvons imaginer des situations où la majeure partie du pouvoir (pourquoi pas la totalité) serait entièrement décentralisée à travers la blockchain.

Avantages de la blockchain

Imaginons une Afrique où toute personne peut créer un système d'enregistrement des entreprises via un téléphone portable sans l’intervention d ‘une administration publique, où chaque entreprise créée dans ce système peut s'engager dans un processus industriel avec des entreprises qu'il n'est pas nécessaire de connaître ni à qui faire confiance, et obtenir un financement à travers une première émission de cryptomonnaie (PEC) par toute personne dans le monde. Imaginez une Afrique où toute personne peut créer et distribuer de l'énergie solaire, éolienne ou de la biomasse à tout individu et/ou toute entreprise, où toute personne peut produire un bien d'équipement avec son imprimante 3D en utilisant une autre source d’énergie, ou ajouter de la valeur à un autre bien d'équipement avant de l'envoyer à sa prochaine chaîne. Imaginez qu'au lieu de 3 ou 4 entreprises de télécommunications dans un pays, toute personne peut fournir l'accès à Internet depuis sa chambre. Imaginez que toute personne puisse être en mesure d’assurer des services de livraison et de transport avec sa simple moto ou sa voiture s'elle le souhaite. Conscient que l'agriculture est la raison pour laquelle il est important de mettre l'industrialisation au premier plan, imaginez une industrie décentralisée qui permette à tout individu d'ajouter de la valeur aux produits agricoles auxquels il a confiance, de mettre ses nouveaux produits sur le marché et de s'assurer que tout le monde dans la chaîne de valeur fera confiance à ces produits en tant que biens de capital. L'Afrique que nous voulons voir doit être innovante maintenant afin de réaliser un second bond à l’aide des technologies de confiance, et de permettre de produire et transformer ces technologies pour les habitants de ce grand continent.

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Qui est Amon Bazongo ?

Co-fondateur et directeur de Yanfoma, une entreprise de technologie basée au Rwanda, Amon Bazongo est né en Côte d'Ivoire et a grandi au Burkina Faso. Malgré sa formation d'ingénieur (Licence en informatique), il aime lire et écrire dans divers domaines comme l'histoire, l'économie, la culture, etc. Sa mission, ainsi que celle de ses collaborateurs, à Yanfoma, est d’assister les clients dans leurs choix en matière de technologies et d'encourager la création de nouvelles technologies avancées et productives. Amon Bazongo vit actuellement à Taipei (Taiwan), où il poursuit un Master en Big Data et dirige ses équipes virtuelles dans différents continents.

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